Notre consœur du blog “la piste de Lormaye” est également hébergée chez Médiapart – sur son blog “Nightingale“, elle commet quelques articles vivifiants sur l’affaire Seznec. La lecture d’un article ayant trait au positionnement frontiste de Denis Seznec a ému Jean-Marie Digout, membre du bureau de France-Justice, nommé président de l’association lors de sa dernière assemblée générale (en remplacement de son président-fondateur). S’en est suivi un article étrange publié sur le site de France-Justice, destiné, semble t-il, à clarifier les choses. Donc, que tout le monde comprenne bien, Denis Seznec et Michel Ciardi (membres du bureau de France-Justice) font publiquement la promotion des idées du Front National, mais comme il n’est pas certain qu’ils soient encartés, ce n’est pas bien grave… comme dirait l’autre : “ça compte pour du beurre“. Notons qu’en ce qui concerne le second personnage (extrait de “sa pensée“), son apparition au bureau de l’association laisse songeur. Disons qu’à la direction de France-Justice, l’apolitisme étant la règle, on privilégie la couleur bleu marine, la seule qui vaille… avec la bénédiction de son président. Comprenne qui pourra.
Justement, parlons-en de son président, sans nous attarder sur ses états de service sur le secteur de La Rochelle. Intéressons-nous à son implication dans le dossier Seznec. Connu dans la production littéraire comme auteur-illustrateur de bd, il se flatte d’avoir réalisé une œuvre historique sur le cas Guillaume Seznec. C’est du moins ce qui ressort de son intervention, en juin 2011, à l’Université de Poitiers, devant des étudiants de 3ème cycle. A plusieurs reprises, il insiste sur le fait que sa bande dessinée, basée sur les 11000 pages, précise t-il, du dossier de procédure criminelle, est rigoureusement fidèle aux faits, qu’elle ne s’en écarte pas – preuve en est que les juges, lors de la dernière audience de la cour de Cassation, avaient dans leurs mains un exemplaire de l’œuvre. On s’incline, évidemment… devant autant de stupidité.
Que nous dit M. Digout d’essentiel sur l’affaire (on peut également l’entendre lors d’un entretien avec Jacques Pradel) ? Rien… absolument rien qu’on ne sâche déjà. Il reprend, à la virgule près, les inepties dites et redites par le nouveau président d’honneur, Denis Seznec himself. Ainsi, Bonny est toujours en haut de l’affiche dans un film où il est question de trafic de cadillacs vers les soviets, les seconds rôles sont tenus par Pierre Quéméner, député en devenir, et par Guillaume Seznec, maître de scierie taciturne, patron d’une affaire prospère, libéré du bagne par la seule volonté du général de Gaulle. C’est certes une belle histoire, qui, depuis une vingtaine d’années, est narrée en long, en large et en travers dans tout l’hexagone, lors de conférences, de salons du livre, de dîners-débats. Lorsque cette même histoire est servie à des étudiants en fin d’études, je me dis que l’historien Jean-Marie Digout pousse le bouchon un peu loin. En tant que simple contribuable, je ne me satisfais pas que l’imposture prenne place sur une estrade de faculté. Aucune précision, aucune cote, aucun document, rien ne vient étayer les affirmations nombreuses et variées du spécialiste – et quand une étudiante ose formuler une question sur la fameuse grâce de de Gaulle, on atteint les limites de l’explication historique… ou comment répondre longuement à une question précise par… le néant – du grand art.
Tout ceci pour dire que Jean-Marie Digout aurait bien fait de s’abstenir. Qu’il soit bon illustrateur, possible et tant mieux si tel est le cas – mais qu’il laisse donc le commentaire historique à d’autres et qu’il s’inscrive d’urgence en cours de rattrapage à la faculté de Poitiers. Pour illustrer la compétence du président en matière de recherche historique, citons-le dans son passage sur l’origine du fameux trafic de cadillacs : (parlant des paysans du Nord-Finistère) “Qui n’avait pas dans un hangar une ou deux cadillacs achetées aux Américains après l’armistice de 1918…” – Maurice Privat n’aurait pas dit mieux, mais, à sa décharge, il avouait faire du roman lorsque la matière historique lui faisait défaut (c’était souvent le cas)… en conséquence, M. Digout, soit vous prouvez (et cela ne va pas être simple – dies a vo, me laran deoc’h), soit vous êtes dans l’imposture.
(à l’occasion, M. Digout, mar plij, auriez-vous l’amabilité de nous indiquer le contenu ou les cotes de ces archives, russes ou pas, dont vous parlez et qui prouvent l’existence du trafic de cadillacs ? – sauf bien sûr, si le secret-défense s’applique… auquel cas, on patientera… on a l’habitude…)